Le Mourvèdre ce cépage capricieux

Cépage noir originaire d’Espagne, le Mourvèdre ne laisse pas indifférent. Largement exporté sur les bords de la Méditerranée, il disparaît pratiquement de nos terroirs après l’invasion phylloxérique de la fin du 19ème siècle. En effet, les critères qualitatifs de l’époque étant relégués au second plan, ce cépage au rendement faible et irrégulier, ne recevait pas la faveur des viticulteurs. C’est ainsi qu’une grande partie des parcelles ne furent pas replantées. Omniprésent autour du bassin méditerranéen, ce cépage est mal connu ou reconnu. Cépage aux multiples facettes, il participe souvent à l’assemblage avec du Grenache et de la Syrah et fait office d’arbitre. Avec environ 7500 hectares plantés en France, il progresse, mais attention à ne pas le planter n’importe où.

Grappe et feuille de mourvèdre

Une culture avec les feuilles au soleil

De nombreux synonymes sont connus à travers le monde : Morastell ou Manastrell en Espagne, il sera du Mataron en Catalogne. On lui connait même des dénominations inter départementales : Tinto dans le Vaucluse, Trinchiera dans les Alpes-Maritimes. Bien qu’importantes d’un point de vue historique, ces dénominations ont tendances à être oubliées. Tout le monde s’accorde aujourd’hui pour l’appeler Mourvèdre, tout du moins en France.
De maturité tardive, le Mourvèdre est très gourmand en soleil et en température élevée, éléments clés pour lui permettre d’atteindre sa maturité. Il résiste donc assez bien à la sécheresse bien qu’une alimentation hydrique même faible, lui permette d’affiner sa maturité et ses composés phénoliques très « solides ».
S’épanouissant merveilleusement en coteaux comme à Bandol (appellation phare du Mourvèdre), il n’est pas rare de le trouver dans les plaines où son débourrement tardif est très apprécié afin de lutter efficacement contre le gel. Attention tout de même aux grands froids brusques qu’il ne supporterait pas.
Son rendement est très irrégulier. Malgré toute l’attention apportée au vignoble, la quantité de raisin peut varier du simple au triple suivant les années. C’est un grand capricieux, sensible à toutes les maladies majeures de la viticulture. Seule la pourriture grise ne l’atteint pas grâce à sa pellicule épaisse. En effet, ce champignon attaque difficilement les grains moyens, réguliers et luisants. Pour le viticulteur le casse-tête ne s’arrête pas là. Quand vient le temps des vendanges, il est toujours difficile d’appréhender le moment optimal pour le ramasser. Ses pellicules dures et épaisses, laissent transparaître peu d’informations lors de la dégustation des baies.

Caractéristiques de la feuille de mourvèdre
Feuille de Mourvèdre d’après Pierre Gallet

Le Mourvèdre permet de produire de très grands vins

Producteur de sucre quand il est ramassé à maturité parfaite, le Mourvèdre est coloré, noir dans sa jeunesse, riche en tanins qui sont régulièrement au centre des débats. Souvent qualifié de rude, ce cépage souffre trop d’une image négative. Et pourtant ! C’est un breuvage délicat qui ne vous laissera pas sans interrogation peu de temps après sa fermentation alcoolique.
Quelques mois plus tard, il est vrai, qu’il a tendance à se refermer, à être timide, ce qui lui confère une empreinte de dureté, un « sale gosse » en quelque sorte. Un « sale gosse » qui a besoin d’élevage pour acquérir toute la dimension qu’on lui connait quand il est bu après plusieurs années.
Un élevage sous bois, dans une barrique ou en foudre lui fera le plus grand bien et vous permettra de commencer à l’apprivoiser même dans sa jeunesse. Si vous le pouvez, mettez quelques bouteilles de côté et comparez. D’abord marqué par des arômes de poivre, de girofle, de réglisse, de violette, de myrtille ou de cassis, il s’affinera au fil des ans sur des notes complexes (vers les notes empyreumatiques) de truffe, de cuir, de tabac et d’épices orientales.
Ces vins, difficiles à approcher dans un premier temps, sont cependant d’un intérêt indéniable. Patience et objectivité sont de rigueur. Cépage capricieux, il sera intraitable sur des terroirs inadaptés aux rendements élevés. Il donnera alors des vins raides et tanniques qui ne s’amélioreront pas avec le temps. Le rendement qui ressort le plus souvent sur les bons Mourvèdres se situe aux alentours de 35 hectolitres par hectare. Dans le cas d’un terroir trop productif, il est préférable d’en faire un rosé.

Jolie grappe de mourvèdre

Il est extrêmement rare de trouver des cuvées 100% Mourvèdre. Le plus sûr moyen de le découvrir est de se déplacer chez le viticulteur et de déguster avec lui ce précieux cépage en cours d’élevage. Grand parmi les grands cépages méditerranéens, nombreuses sont les anecdotes que l’on vous contera sur ce dernier.

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